Suite ou suite ? 
 
Quand je me suis attaqué à la suite de « La Source d’Éternité », et alors qu’un badaud au salon du livre du Touquet ne voulait pas lire mon premier roman s’il ouvrait sur une série, je me suis interrogé en profondeur sur cette notion. D’où cet article. 
 
Théoriquement, une suite continue l’histoire du récit précédent avec les mêmes personnages principaux, dans le même univers, et développant généralement les mêmes thèmes. Toutefois, lorsque ledit badaud audit salon me demande si « La Source d’Éternité » possède une suite, je lui assure sans sourciller que oui puisque je suis en train de la rédiger,… et que non puisqu’il comporte une véritable fin. Celui-ci a dû me prendre pour un vendeur de foire qui a toujours réponse à tout. 
 
Commençons avec l'exemple des feuilletons, constitués de plusieurs épisodes à l’intérieur d’une même saison. Ils utilisent les deux systèmes en les mélangeant parfois. « Les Chevaliers du Zodiac », une série d’animation des années 1990, raconte l’ascension de simples chevaliers de bronze qui auront la lourde tâche d’affronter leurs homologues d’or pour sauver la réincarnation d’Athéna. L’histoire, assez longue, est découpée en séquences. Si vous ratez l’une d’elles, vous risquez de ne plus comprendre le scénario, d’où un indispensable résumé en début d’épisode. 
 
En revanche, un dessin animé comme « Jayce et les conquérants de la lumière » s’appuie sur une trame en arrière-plan pour dérouler ses épisodes. Le héros doit retrouver son père pour exterminer la menace de plantes mutantes. Mais cet objectif est franchement secondaire car les épisodes se suffisent à eux-mêmes sans forcément s’enchaîner de façon chronologique. Plus encore, la première saison ne débouchera pas sur une seconde, laquelle était censée apporter une fin (ou pas) à la série, la faute à des ventes médiocres des jouets pour lesquelles elle avait été créée. 
 
Et oui, malheureusement, nombre de séries ont été interrompues à cause de considérations commerciales. Je pense par exemple au regretté « Ash vs Evil Dead » dont la chute des audiences la condamnera à s’arrêter à la saison 3. Ne soyez pas naïfs, les producteurs n’engageront plus de fonds pour que les quelques passionnés ou curieux connaissent la suite. 
 
Avec « The Walking Dead », ceux-ci semblent au contraire soucieux d’engranger des bénéfices tant que le système fonctionne, quitte à réchauffer à chaque fois le même plat. Du moment où les téléspectateurs sont au rendez-vous, la série continue. Dès que leur nombre baissera, elle s’arrêtera. 
 
La série « Cat’s Eyes » est davantage symptomatique de l’intérêt secondaire de l’intrigue principale. Les trois sœurs volent des œuvres d’art ayant appartenu à leur père afin de le retrouver. Chaque épisode relate un cambriolage. Mais le dessin animé, aussi bien que le manga, ne résoudront jamais ce mystère, décalant le centre gravité sur le couple Tam / Quentin, l’une des sœurs et le commissaire qui les traque. 
 
Dans une série comme « Supernatural », entre autres, certains épisodes font avancer l’histoire quand d’autres peuvent se regarder indépendamment. La fin intervient dès la cinquième saison mais une autre histoire est amorcée avec une sixième et les suivantes. 
 
Au niveau du cinéma, les trilogies « Matrix » et « Star Wars » ont été construits de la même manière. L’épisode 1 comporte une fin tout à fait satisfaisante. Néanmoins, les deux autres se suivent, le dernier achevant l’histoire à la fois de cette « bilogie » et de la série. 
 
La trilogie « Le Seigneur des Anneaux » s'étend sur trois romans qui doivent être impérativement lus dans l’ordre. En effet, à l’origine, elle était contenue dans un seul livre. L’éditeur a préféré le scinder en trois parties pour qu’elle soit plus digeste. 
 
La série « Harry Potter » », à l’image d’un feuilleton, raconte différentes histoires qui toutes tendent vers la trame générale, celle qui donne sa cohérence à toute l’œuvre. 
 
Cas à part, la trilogie fantasy de « La Guerre des Mages » de Mercedes Lackey comporte deux épisodes qui s’enchaînent alors que le dernier, « Le Griffon d’Argent » s’en tient à relater une aventure indépendante de deux enfants des héros. L’intérêt de sa lecture par rapport aux deux premiers m’a complètement échappé. Difficile de nommer ce cycle une trilogie dans la mesure où le protagoniste diffère dans la conclusion… qui n’en est pas une. Les deux premiers volumes sont en outre espacés d’une dizaine d’années chacun et content chacun une histoire à part. 
 
Et de mon côté ? Je reconnais secrètement que j’ai toujours voulu écrire une trilogie. Cependant, j’ai tout donné dans ce livre, et même les idées des potentiels opus préalablement imaginés. Ce qui m’a amené à lui offrir une vraie fin… bien que le dénouement reste ouvert. Lorsque j’ai eu l’occasion de lui adjoindre une suite, je l’ai conçue à l’image du roman initial mais en limitant drastiquement les références à celui-ci. De cette manière, un lecteur s’y retrouvera plus facilement s’il décide de s’attaque directement au deuxième ou, plus courant, s’il a déjà oublié les détails du premier. 
 
Par conséquent, j’ai davantage opté pour une écriture en épisodes qu’en suites. L’enchaînement n’est d’ailleurs pas immédiat même si plusieurs éléments reparaissent. Le roman est lui aussi pourvu d’une véritable fin. J'estime que ce choix s'avère honnête vis-à-vis du lecteur dans la mesure où je n’ai pas du tout la certitude de conclure la trilogie initiale, bien qu’aujourd’hui, je ne sache pas ce que j’y écrirai. J’avais tout donné au premier, j’ai réitéré au second en incluant les volumes deux et trois pensés à l'origine. Je préfère incorporer mes meilleures idées dans un livre qui sera publié plutôt que dans un projet qui restera dans un placard. D’ici là, je me dis que j’en trouverai d’autres. 

Publié par Alexandre BORDZAKIAN le 16 novembre 2018
[< Retour] [Retour ^]