L'autoédition 
 
Au début du monde, il y avait l'édition à compte d'éditeur et l'édition à compte d'auteur. L'édition à compte d'éditeur était le Saint Graal que tout auteur qui se respecte devait atteindre ; le compte d'auteur était une odieuse arnaque réservée aux écrivains sans talents et pas malins pour deux sous. 
 
L’autoédition vous parle désormais autant que l’édition à compte d’éditeur car elle s’est répandue avec internet et ses réseaux sociaux. Elle existait avant, sans nul doute, mais restait cantonnée aux possibilités limitées de l’analogique. Aujourd’hui, elle apparaît comme une alternative crédible aux publications classiques. 
 
Comme son nom l'indique, dans l’autoédition, vous êtes votre propre patron et vous vous occupez donc de tout, du début à la fin. Vous êtes l’écrivain – logique – mais vous gérez aussi vos corrections, votre mise en page, votre impression et votre diffusion comme n’importe quelle maison d’édition. Ces responsabilités impliquent notamment de vous trouver une couverture convaincante et d’investir en conséquence si vous n’êtes pas le roi du dessin. 
 
Outre du temps et du talent, l’autoéditeur a besoin d’y consacrer un minimum d’argent : dans une impression de qualité, parfois dans un correcteur, humain ou informatique, surtout dans un beau graphisme qui donnera envie au lecteur de vous lire. Oubliez les photographies, même HD, couplées à une police de caractère fantaisie que vous avez fièrement réalisée en utilisant wordart. Je n’ai rien contre les outils annexes de Microsoft, sauf qu’ils respirent l’amateurisme à plein nez. Sur une affiche annonçant le prochain loto, ces gros titres prêtent à sourire ; sur votre roman, ils effraient les meilleures intentions. 
 
L’éditeur (à compte d’éditeur, cela s’entend) apporte un regard extérieur et surtout professionnel sur votre chef-d’œuvre en devenir. Il s’occupe également de la couverture, de la présentation, du résumé, de la diffusion, de tout ce qui amènera à le vendre dans les meilleures conditions possible. Dans l’autoédition, ces impératifs reposent sur vos épaules. Si vous vous loupez, si votre récit endort dès les premières pages, si votre scénario multiplie les incohérences, et plus encore, si vous semez des fautes d’orthographe, si vous vous trompez dans la mise en page, vous torpillez votre beau projet et vous entrez par la grande porte dans le cercle des amateurs anonymes. 
 
Pour cette raison, commencez votre carrière par un contrat d’éditeur. Quelques-uns ont rencontré la gloire par le biais de l’autoédition. Méfiez-vous. Combien ont échoué ? Connaissez-vous leur parcours, leur expérience ? C’est une certitude : fumer tue. Pourtant, vous trouverez toujours un quidam pour vous rapporter qu’un oncle a vécu en bonne santé jusqu’à plus de 80 ans en fumant comme un pompier. Dans quelles circonstances ? À quelle fréquence ? Avez-vous vérifié ? Généralement, il sera mort bien avant d’un cancer du poumon. Et sinon, combien de gens succombent-ils prématurément du tabac pour un seul qui survit ? 
 
L’autoédition n’est pas un miracle : s’affranchir d’un éditeur, écrire ce que l’on veut quand l’on veut, vous expose à de lourdes contreparties, parfois insurmontables. Si vous ne parvenez pas à être publié par la voie normale, interrogez-vous d’abord sur les causes et ne foncez pas tête baissée dans votre entreprise avec le secret désir de cicatriser un amour-propre blessé. En revanche, si vous avez acquis une certaine expérience, si vous aspirez à une liberté méritée, notamment parce que vous assurez vous-même la promotion et la diffusion de vos romans, pourquoi ne pas vous lancer ? 

Publié par Alexandre BORDZAKIAN le 21 novembre 2018
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